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Cinéma
Erik Van Looy - La Mémoire du Tueur (De Zaak Alzheimer)
2003 - MMG - Par ben, 3 mai 2004.
Au suivant... :
Anvers 1995. Un tueur à gages souffrant des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer accepte un dernier contrat. Il découvre qu’il doit tuer une fille de 12 ans. Trompé, il décide de se retourner contre ses commanditaires. Manipulant, la police, il va peu à peu éliminer ceux dont il oublie les noms.
Un vieux tueur qui va décrocher, un tandem de flics aux méthodes opposées et des méchants vraiment vilains : voilà de quoi préparer un bon petit polar. Seulement voilà, pour une fois, on est pas à Hollywood. Los Angeles ne va pas exploser toutes les cinq minutes et les flics ne boivent pas un bourbon pour essayer de relier les meurtres qui leur tombent sur les bras. Le film de Van Looy se passe à Anvers et quand on cherche la vérité, on boit une bonne bière, bien entendu.
Sorti de nulle part, remarqué par une bande annonce originale, qui mettait l’eau à la bouche, ce polar belge est une très agréable surprise. Redorer les lettres de noblesse du film policier européen, coiffer au poteau les productions américaines [1] : les paris emportés par cette réalisation ne manquent pas et ont été largement soulignés par la presse, belge et française. Chauvinisme ? Fierté européenne ? Vous n’y pensez pas.
Erik Van Looy réalise un film attirant et captivant. Le scénario complexe mais bien construit apporte un suspens honorable, qui est mis en valeur par une esthétique adéquate pour le style. La mémoire du Tueur emprunte aux succès du genre mais apporte les qualités de la réalisation et du jeu des acteurs. Jan Decleir joue un tueur à gages saisissant, tantôt froid et professionnel, tantôt humain et émouvant. Le duo de flics a un petit goût de déjà-vu mais Koen De Bouw nous livre un commissaire et son histoire, cette colère et ce chagrin que le tueur reconnaît. Bien sûr ces noms-là ne résonnent pas dans nos esprits, mais il est parfois intéressant de voir un film sans chercher à comparer ou évaluer les performances du réalisateur et de ses acteurs.
On a donc un film belge inattendu et remarquable, qui va peut-être booster le cinéma du plat pays. Seulement voilà, une chose m’a surpris et me rend un peu perplexe. Pédophilie, prostitution enfantine, notables pourris, confrontations entre autorités judiciaires et politiques, bagarres entre services de polices... le film n’est pas sans rappeler le procès Dutroux qui ponctue la vie des Belges depuis quelque temps. Il est certes inspiré d’un roman fr Jef Geeraerts datant des années 80, mais on ne peut s’empêcher de penser aux horreurs et au scandale de l’affaire. Bizarrement je n’ai pas trouvé d’articles de presse belge établissant un parallèle sérieux. Si bon nombre de sites français évoquent systématiquement le procès, les Belges restent évasifs et se contentent de la date de parution du livre pour tuer le débat dans l’oeuf.
Je veux peut-être une polémique là où elle n’a pas lieu d’être mais cela m’étonne. La morale du film met en valeur le combat contre le "Mal" avec des méchants (tueurs) qui aident les gentils (flics) pour combattre les très très méchants (notables pédophiles), le film présente des ressemblances frappantes avec l’actualité. Et les Belges, peut-être las de faire parler d’eux à cause du fameux procès, se sont visiblement contentés de souligner la réussite de cette petite victoire nationale. Le platte land m’étonnera toujours.
[1] Distribué à 34 copies dans le plat pays, le film a fait mieux que Kill Bill, Matrix 3 et Bad Boys 2.
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